AAKS, représentée par LAGO54,
sera sur le salon Who’s Next?,
espace central de FAME, du 07 au 10 septembre 2018

Interview: Emmanuelle Courreges
Photos: AAKS DR

AAKS, la fille qui fait pulser la vannerie du Ghana 

Vu de loin, son acronyme, qui évoque une (autre) célèbre marque de mode, ne permet pas de « localiser » Akosua Afriyie-Kumi, dans un territoire. C’est bien là son talent, elle qui avec ses collections de sacs en raphia aux couleurs vitaminées souhaite valoriser la tradition vannière de son pays en la faisant voyager sur tous les continents. Si elle vit aujourd’hui à Kumasi, capitale de l’ex-empire Ashanti du Ghana, Akosua a fait ses études de mode à Londres, travaillé aux côtés de Peter Pilotto et Matthew Williamson et vend aujourd’hui ses paniers chics de Tokyo à Paris en passant par New-York. Une belle aventure entrepreneuriale, qui mixe éthique et esthétique et qui redonne du sens et de l’avenir à des gestes séculaires.

 

VOUS ETIEZ ETUDIANTE A LONDRES, STAGIAIRE CHEZ DES CREATEURS POINTUS: QU’EST-CE QUI VOUS A POUSSE A RENTRER AU GHANA POUR Y LANCER VOTRE LABEL DE SACS EN RAPHIA?

Ma première envie, avant tout le reste, c’était de créer un panier traditionnel avec un petit twist mode. J’ai grandi entourée de paniers. Quand j’étais enfant, on en offrait beaucoup et on les utilisait aussi pour stocker plein de choses. Après avoir vécu toutes ces années à Londres, je passais mon temps à répéter « Si il était plus comme ci » ou « s’il était plus comme ça »… dès que je voulais un nouveau panier pour moi. C’est comme ça que j’ai décidé de créer mes propres modèles.

« La communauté avec laquelle je travaille utilise une technique de tressage de raphia
qui a traversé les générations, dans le Nord du Ghana. Pour produire la plus grosse partie des sacs, c’est-à-dire toute la partie tressée,
tout est fait à la main »
 

LE TRAVAIL DES VANNIERS DE LA REGION DU NORD-GHANA EST EXCEPTIONNEL. MAIS RESTE ARTISANAL. COMMENT AVEZ-VOUS TRAVAILLE POUR REUSSIR A CREER CES ACCESSOIRES AUX FINITIONS PARFAITES, QUE L’ON RETROUVE AUJOURD’HUI DANS DE PRESTIGIEUX MAGASINS?

La philosophie de ma marque et ma priorité, c’est l’attention que j’apporte aux détails, l’authenticité des techniques employées et les valeurs éthiques qui font de mes paniers des produits réellement uniques. J’ai donc cherché des artisans capables d’avoir cette quête en partage. La communauté avec laquelle je travaille utilise une technique de tressage de raphia qui a traversé les générations dans le Nord du Ghana. Pour produire la plus grosse partie des sacs, c’est-à-dire toute la partie tressée, tout est fait à la main.  Après cette première étape, ces parties tressées, façonnées à douze heures de route de chez moi, me sont envoyées au studio, à Kumasi. C’est là que les doublures en lin ou coton et les petits cordons sont cousus, là aussi que sont accrochées les bandoulières en cuir. Après un dernier contrôle qualité, que je suis la seule à opérer, les sacs peuvent partir pour Anthropologie ou d’autres clients dans le monde.

« Quand j’ai découvert tous ses bénéfices, le fait qu’elle soit organique, biodégradable, durable, la fibre de raphia m’a définitivement conquise. Sa dimension éthique est une des valeurs ajoutées du produit, qui correspond à la philosophie que je voulais pour ma marque »

COMMENT SONT REALISEES CES TEINTES EXTRAORDINAIRES QUI SONT VOTRE SIGNATURE?

Le processus commence toujours par des torsades de raphia, récolté de manière écologique. Les femmes et les hommes font vriller les fibres sous leurs doigts afin de créer des tiges facilement manipulables. Une fois que près de 10.000 tiges ont été ainsi rassemblées, on prépare des bains de teinture. Ceux-ci mixent des produits naturels, des écorces d’arbre et quelques soupçons de chimie, difficile de faire autrement… Il faut environ 10 à 30 minutes pour teinter chaque torsade de raphia, cela dépend de l’intensité que l’on veut obtenir. C’est donc un processus assez long. Les tiges sont ensuite séchées au soleil. Pour pour créer la base de chaque sac, les artisans vanniers les manipulent ensuite très habilement entre leurs doigts, jusqu’à leur donner forme.

CE RAPHIA NE VIENT PAS DE LA MEME REGION, POURQUOI?

Parce que c’est la fibre la plus difficile à trouver au Ghana. Et c’est de manière inattendue, après avoir traversé tout le pays à la recherche de « ma » fibre idéale que j’ai découvert le meilleur des fournisseurs dans une ferme appartenant à ma famille, dans le sud-ouest du pays. Sa douceur et sa force sont les clés de ce qui fait AAKS aujourd’hui. Et quand j’ai découvert tous ses bénéfices, le fait qu’elle soit organique, biodégradable, durable, elle m’a définitivement conquise. Sa dimension éthique est une des valeurs ajoutées du produit, qui correspond à la philosophie que je voulais pour ma marque.

AUJOURD’HUI, VOUS PRODUISEZ UNE CENTAINE DE SACS EN 3 MOIS. CETTE RARETE INSCRIT, DE FAIT, AAKS DANS LE CHAMPS DES MARQUES ARTISANALES DE LUXE. EST-CE QUE C’EST AUSSI VOTRE VISION DU LUXE?

Oui, et puis, même si il y a des collections avec des modèles très précis, le fait que chaque sac soit fait à la main, par un homme ou une femme eux-mêmes uniques, le rend forcément unique. 

RETROUVEZ CI-DESSOUS LES SACS AAKS DISPONIBLES SUR LAGO54