Si « L’Afrique » est à la mode, LAGO54 n’est pas un opportunisme de saison. Il est d’abord un enracinement profond et singulier  -en Afrique de l’Ouest- pour celles et ceux qui ont participé à faire éclore cette plateforme.

«  L’Afrique  », nous l’écrivons ici avec des guillemets, comme nous mettrions des guillemets autour de l’expression « mode africaine », mot-valise qui ne dit rien des différences culturelles, artistiques, textiles et créatives de 54 pays.  Ainsi est née LAGO54 -dont le nom n’est pas un hasard*: cette plateforme célèbre et diffuse les jeunes marques africaines, dans les domaines de la mode, du design, du lifestyle et de la beauté, en éclairant, par le prisme de la culture, leur singularité et leur vision.

LAGO54 est un projet « politique », au sens où en célébrant le luxe made in Africa, les jeunes labels branchés, à contrario de produits issus du mass market, des marchés, des souks et autres « bazars », il a aussi pour vocation de dé-cadenasser durablement les imaginaires sur la création africaine.

La « mode africaine » ne se résume pas au wax
S’il est devenu le « denim » de l’Afrique de l’Ouest et centrale, si la beauté de ses imprimés offre une multitude d’interprétations à des créateurs talentueux, le wax ne doit pas faire oublier les pagnes tissés, les velours du Kassaï, les kente du Ghana, les kitas, les pagnes Baoulé, les Faso dan Fani du Burkina-Faso, les indigos du Mali ou de Guinée, les adire du Nigéria ou les mandjaques du Sénégal et du Cap-Vert -parmi tant d’autres tissus qui « tissent » les histoires africaines. LAGO54 fait la part belle aux créateurs et aux entrepreneurs qui ont à coeur de puiser dans les patrimoines textiles, artistiques et culturels africains.

La « mode africaine » n’est pas « ethnique chic»
Pas plus que la mode « européenne » ou la mode « asiatique ». S’il existe un vestiaire traditionnel dans chacun des 54 pays qui composent le continent africain, l’enjeu aujourd’hui est de dépasser les frontières de nos préjugés: derrière une tunique qui semble appartenir au corpus vestimentaire « européen », qui sait que celle-ci s’inspire en réalité d’une tunique dite Batakari -au Ghana- ou d’une blouse Sénoufo du nord de la Côte d’Ivoire? Quand la créatrice Meena propose une robe en lin bleu qui dessine une silhouette sculpturale, pourquoi commenter qu’elle n’a rien « d’africain » alors que la créatrice a inscrit, dans chacun de ses plis, une histoire du peuple Igbo qu’elle sait si subtilement partager? LAGO54 célèbre l’avant-garde de la « mode africaine », qui ne se résume ni à de faux emprunts, ni à des images figées, ni à un imaginaire du passé.

La « mode africaine » n’est pas « solidaire»
LAGO54 entends rompre avec une communication obsolète qui humilie et participe à maintenir vivaces les clichés sur le continent africain. Acheter une robe créée dans un atelier du Nigéria ou un panier tressé du Ghana, c’est répondre au désir universel du beau et à une pulsion de mode. Et si certains créateurs avec lesquels LAGO54 collabore, travaillent avec des communautés d’artisans à qui ils offrent des débouchés durables, c’est d’abord et avant tout parce que ceux-ci détiennent des savoir-faire exceptionnels: ce sont des tisserands, des brodeuses de perles sur cuir, des teinturiers aux techniques d’exception. Les créateurs ont une éthique – la notre est de célébrer leur talent et ceux avec lesquels ils ont choisi de travailler.

La « mode africaine »? Juste de la mode. Et des inspirations, des textiles, des histoires, une autre manière de composer avec les saisons et les dogmes qui pourraient bien, dans la décennie à venir, bouleverser le paysage de la mode.

AKWABA, comme on dit à Abidjan ou Accra – bienvenue… à nous, donc, mais surtout à vous!

EC
Photo: Sylvain Cherkaoui

* LAGO, c’est « la go » (la nana, la fille dans le langage populaire ivoirien) / 54 pour 54 pays d’Afrique